Refaire le sol d’une douche italienne en galets semble être une bonne idée déco : rendu naturel, esprit spa, matériaux souvent abordables. Pourtant, derrière l’esthétique, ce type de sol est l’un des plus exigeants techniquement. Les erreurs ne se voient pas toujours tout de suite, mais elles peuvent entraîner infiltrations, moisissures, galets qui se décollent et sols qui deviennent glissants ou impossibles à nettoyer.
Avant de vous lancer, il est indispensable de comprendre ce qui se passe sous les galets : pente, étanchéité, colle, joints… Chaque couche doit être pensée comme un système complet. C’est ce qui permettra à votre douche de rester belle et saine sur le long terme.
1. Sous-estimer l’importance de la pente (erreur de base, dégâts majeurs)
Pente insuffisante : l’eau stagne entre les galets
Dans une douche italienne classique carrelée, une pente de 1 à 2 % (1 à 2 cm par mètre) suffit souvent. Avec des galets, ce n’est plus le cas. Leur surface est irrégulière, l’eau se faufile entre les pierres et reste piégée dans les creux si la pente est trop douce.
Conséquences d’une pente sous-dimensionnée :
- eau qui stagne en périphérie ou entre les galets
- zones sombres et humides qui favorisent moisissures et champignons
- odeurs désagréables difficiles à éliminer
- joints qui noircissent rapidement et deviennent poreux
Pente trop marquée : inconfort et joints fragilisés
À l’inverse, vouloir « compenser » le relief des galets avec une forte pente est tout aussi problématique :
- inconfort à l’usage : sensation de glisser vers la bonde, position instable
- surcharge mécanique sur certains galets qui peuvent se décoller
- joints qui se fissurent plus vite, surtout si la colle ou le mortier de joint n’est pas adapté
Comment viser la bonne pente sous des galets
Pour un sol de douche en galets :
- visez une pente réelle de 2,5 à 3 % minimum vers la bonde
- assurez-vous que la forme de pente (chape ou receveur à carreler) est parfaitement régulière avant de poser les galets
- contrôlez avec un niveau à bulle ou un niveau laser sur plusieurs axes, pas uniquement dans l’axe principal
- évitez les “cuvettes” locales : la pente doit être continue, sans creux
Le bon réflexe : réaliser ou vérifier la forme de pente avant même de parler de galets. Un sol en galets pardonne encore moins les défauts qu’un carrelage classique.
2. Négliger l’étanchéité sous les galets (l’erreur « invisible » la plus grave)
Penser que les joints suffisent à rendre le sol étanche
C’est l’un des malentendus les plus courants : les joints entre galets ne sont pas une étanchéité. Ils la protègent, au mieux. Avec la micro-porosité des galets, la multiplicité des joints et les dilatations, l’eau finit toujours par passer au travers si le support n’est pas parfaitement protégé.
Sans vraie étanchéité sous les galets, vous vous exposez à :
- infiltrations dans la chape ou le plancher (surtout en étage)
- dilatations différées : les galets se décollent, certains sonnent creux
- dégradations structurelles (plafond du voisin, plancher bois, isolants gorgés d’eau)
- apparition récurrente de salpêtre ou de taches d’humidité sur les murs adjacents
Les systèmes d’étanchéité adaptés
Pour un sol de douche italienne en galets, privilégiez :
- un SEL (système d’étanchéité liquide) appliqué en plusieurs couches, avec relevés sur les murs
- ou une natte d’étanchéité sur chape, avec pièces spécifiques autour de la bonde
- une bonde compatible avec le système choisi (manchon ou bride d’étanchéité intégré)
Points clés à respecter :
- remonter l’étanchéité au moins 10 à 15 cm sur les murs périphériques
- traiter soigneusement tous les angles avec des bandes d’angle compatibles
- respecter scrupuleusement les temps de séchage avant collage des galets
Un sol en galets multiplie les points d’entrée potentiels de l’eau. L’étanchéité doit être pensée comme un « bac » parfaitement fermé, sur lequel viennent simplement se coller les galets.
3. Choisir des galets inadaptés à l’usage en douche
Galets décoratifs vs galets adaptés à l’eau
Tous les galets ne sont pas prévus pour une utilisation en douche quotidienne. Certains packs « déco » sont pensés pour des zones peu sollicitées (mur, crédence, contour de baignoire) et supportent mal l’eau stagnante et les produits de nettoyage.
Risques avec des galets mal adaptés :
- galets trop lisses : surface très glissante dès que du savon est présent
- galets très poreux : ils absorbent l’eau, jaunissent, se tachent rapidement
- galets peints ou “vernissés” : la finition se délite, l’aspect se dégrade par plaques
- épaisseur irrégulière extrême : inconfort sous les pieds et difficultés de jointoiement
Comment choisir les bons galets pour une douche italienne
Pour une utilisation fréquente, privilégiez :
- des galets naturels calibrés, d’épaisseur relativement homogène
- un toucher légèrement rugueux pour limiter la glissance
- des produits spécifiquement indiqués pour sols de douche ou piscines
- une teinte pas trop claire si vous craignez le jaunissement ou la dureté de votre eau
Astuce pratique : demandez un échantillon ou achetez une seule plaque pour test. Mouillez-la, savonnez-la et marchez dessus pieds nus. Vous aurez une idée réelle de l’adhérence et du confort.
4. Utiliser une colle ou des joints non adaptés (ou mal dosés)
Colle non adaptée aux milieux humides
Coller des galets avec une colle “générique” pour carrelage, non adaptée aux piscines ou douches, est un raccourci courant. Sur le moment, tout semble tenir. Mais au fil des mois, l’humidité permanente et les variations de température fragilisent l’adhérence.
Conséquences possibles :
- galets qui se décollent ponctuellement
- zones qui sonnent creux sous les pieds
- microfissures dans les joints dues aux mouvements des galets mal collés
Choisissez une colle :
- classée au minimum C2 (colles améliorées) et adaptée “milieu humide”
- compatible avec votre système d’étanchéité (SEL ou natte)
- dont la flexibilité est suffisante si votre support est légèrement déformable (plancher bois renforcé, par exemple)
Joints inadaptés : trop fins, trop durs ou trop poreux
Les joints pour galets sont soumis à rude épreuve : variations de température, produits d’hygiène, frottements, stagnation d’eau possible dans les creux. Un joint de base pour carrelage mural n’est pas dimensionné pour ça.
Erreurs courantes :
- joints trop fins qui ne remplissent pas les interstices entre les galets
- mortiers de joint trop rigides, qui fissurent à la moindre micro-dilatation
- joints très poreux, qui absorbent tous les colorants (shampooings, teintes, savons)
Privilégiez :
- un joint pour sol, prévu pour locaux humides ou piscines
- si possible un joint époxy pour une durabilité maximale et une très faible porosité (plus technique à poser, mais très résistant)
- une application généreuse, en insistant bien entre les galets pour éviter les trous et bulles d’air
5. Négliger la préparation du support et le calepinage
Support mal préparé : irrégularités et décollements
Les galets masquent visuellement les petits défauts du support, mais ils ne les corrigent pas. Une chape fissurée, friable ou un receveur à carreler mal ancré provoqueront, tôt ou tard, des problèmes de tenue.
Vérifiez avant de poser :
- la planéité globale de la forme de pente (sans bosses ni creux)
- la cohésion du support (pas de poussière, de laitance, de zones friables)
- l’absence de fissures actives (fissures qui bougent ou s’ouvrent/ferment)
- la compatibilité entre support, primaire d’accrochage, étanchéité et colle
Un primaire d’accrochage est souvent indispensable, surtout sur chape neuve, béton lisse ou ancien carrelage. Il assure une bonne liaison entre les différentes couches.
Oublier le calepinage et la découpe au droit des murs
Les galets sont souvent vendus en plaques sur trame. Posés sans réflexion préalable, ils peuvent créer :
- des lignes visibles entre plaques
- des désalignements au droit de la bonde
- des doublons ou manques de galets dans les angles
Pour un rendu harmonieux :
- faites un montage « à blanc » de plusieurs plaques au sol pour voir les raccords
- alternez le sens des plaques et recoupez quelques galets pour “casser” les lignes de jonction
- prévoyez les découpes au niveau des parois vitrées, des seuils et de la bonde
Un calepinage soigné évite l’effet “tapis de galets rajouté” et donne l’impression d’un sol plus naturel et continu.
6. Oublier la protection des galets et la facilité d’entretien
Ne pas traiter les galets : taches et encrassement rapide
La plupart des galets naturels restent légèrement poreux, même lorsqu’ils semblent durs et compacts. Sans traitement adapté, ils absorbent :
- les colorants des shampoings et gels douche
- le calcaire de l’eau
- les corps gras (huiles, produits de soin)
Résultat : des taches tenaces, un aspect terne, et un nettoyage de plus en plus difficile.
Pour limiter ces problèmes :
- appliquez un hydrofuge adapté à la pierre naturelle, après complet séchage des joints
- choisissez un produit compatible avec les zones humides et non filmogène (pas d’aspect plastique brillant)
- renouvelez le traitement selon la fréquence d’utilisation (tous les 1 à 3 ans en général)
Ne pas anticiper la routine d’entretien
Un sol en galets demande un entretien un peu plus important qu’un carrelage grand format :
- plus de joints = plus de zones où le calcaire et le savon s’accumulent
- surface irrégulière = rétention d’eau dans les creux si la pente est limite
Avant de choisir ce type de sol, posez-vous des questions simples :
- êtes-vous prêt à passer un peu plus de temps sur le nettoyage hebdomadaire ?
- disposez-vous d’une bonne ventilation dans la salle de bains (VMC, fenêtre) ?
- êtes-vous dans une région à eau très calcaire, nécessitant des produits spécifiques ?
Des gestes simples réduisent fortement l’encrassement :
- rincer la douche à l’eau claire après chaque utilisation
- tirer un « raclette » ou balai gomme sur le sol pour évacuer l’eau
- aérer suffisamment pour sécher le sol le plus vite possible
7. Improviser la rénovation sans méthode ni diagnostic
Refaire uniquement les galets sans vérifier ce qui se passe dessous
Lorsqu’un sol en galets commence à se dégrader, la tentation est grande de tout enlever et de recoller de nouveaux galets directement. C’est l’une des pires erreurs : si l’étanchéité est en cause, ou si la pente est mauvaise, vous ne faites que masquer temporairement le problème.
Avant de décider des travaux :
- identifiez précisément l’origine des désordres : infiltrations, pente, colle, joints, ventilation…
- contrôlez la présence éventuelle d’eau sous le revêtement (traces d’humidité, odeurs, zones à la sonorité différente)
- inspectez si possible la face inférieure (plafond en dessous, faux plafond, trappe technique)
Dans de nombreux cas de rénovation, la solution durable implique :
- la dépose complète des galets, joints et colle
- la reprise de la forme de pente si elle est incorrecte
- la mise en œuvre d’une nouvelle étanchéité
- puis la repose de galets avec colle et joints adaptés
Ne pas se documenter ou se faire accompagner pour les étapes techniques clés
Un sol de douche italienne en galets n’est pas un simple projet déco. C’est un ensemble technique qui combine maçonnerie fine, étanchéité et pose de revêtement spécifique. Même en étant bricoleur confirmé, il est utile de :
- se documenter précisément sur le type de système d’étanchéité le plus adapté à votre cas
- comparer les fiches techniques des colles et joints avant achat
- prévoir les outils adaptés (peigne dentelé, raclette à joint époxy, niveau laser…)
Pour aller plus loin étape par étape, vous pouvez vous appuyer sur notre article spécialisé qui détaille point par point comment refaire un sol de douche italienne en galets sans reproduire les erreurs fréquentes. Vous y trouverez un déroulé méthodique, du diagnostic initial jusqu’aux finitions.
Checklist pratique avant de refaire un sol de douche italienne en galets
Vérifications techniques indispensables
- Pente : mesurez réellement la pente existante (2,5 à 3 % recommandé sous galets).
- Support : contrôlez la cohésion de la chape ou du receveur, traquez fissures et zones creuses.
- Étanchéité : identifiez le système en place (s’il existe) et son état ; prévoyez de le refaire si doute.
- Bonde : assurez-vous qu’elle est compatible avec un système d’étanchéité moderne (manchon, bride).
- Ventilation : vérifiez que la salle d’eau est correctement ventilée (VMC fonctionnelle, bouche propre).
Choix des matériaux et produits
- Galets : sélectionnez des modèles prévus pour sols de douche, calibrés et légèrement antidérapants.
- Colle : optez pour une colle C2 adaptée aux milieux humides ou piscines, compatible étanchéité.
- Joints : privilégiez un mortier de joint pour sols en local humide intense, voire un joint époxy.
- Étanchéité : choisissez un système (SEL ou natte) certifié pour douche à l’italienne.
- Traitement de surface : prévoyez un hydrofuge spécifique pierre naturelle, non filmogène.
Organisation du chantier
- Prévoir suffisamment de temps de séchage entre chaque couche (chape, étanchéité, colle, joints, hydrofuge).
- Travailler par zones pour éviter de piétiner les galets fraîchement collés.
- Nettoyer immédiatement les bavures de colle et de joint sur les galets, avant durcissement.
- Tester l’écoulement de l’eau (seaux d’eau vers la bonde) avant de traiter et de mettre en service définitivement.
En anticipant ces « erreurs invisibles » et en traitant votre douche italienne en galets comme un projet technique à part entière, vous maximisez vos chances d’obtenir un sol durable, sain et agréable au quotidien, sans surprises coûteuses quelques mois plus tard.

