Poser un sol stratifié directement sur un carrelage existant paraît simple sur le papier : on clique, on emboîte, et en quelques heures la pièce change complètement d’allure. Dans la pratique, beaucoup de propriétaires et bricoleurs commettent des erreurs discrètes mais lourdes de conséquences : grincements, déformations, joints qui ressortent, condensation, voire détérioration prématurée du revêtement. Ces problèmes n’apparaissent pas toujours immédiatement, ce qui les rend d’autant plus traîtres.
1. Sous-estimer l’importance de la planéité du carrelage
C’est l’erreur numéro un : considérer que “c’est bon, c’est du carrelage, donc c’est forcément plat”. En réalité, de nombreux sols carrelés présentent :
- des carreaux légèrement bombés ou creux
- des joints en cuvette ou au contraire en relief
- des différences de niveau entre deux zones (ancien mur abattu, extension, etc.)
Poser un stratifié sur un support irrégulier entraîne :
- des mouvements au passage, donc des bruits de claquement ou grincements
- un usure accélérée des clips ou du système d’emboîtement
- une forte contrainte sur certaines lames qui peuvent se fendre ou se déclipser
Comment vérifier et corriger cette erreur
- Utiliser une règle de maçon ou une grande règle métallique (2 m si possible) pour repérer les “creux” et “bosses”.
- Contrôler particulièrement les zones de joints : passer la main à plat pour sentir les différences de niveau.
- Au-delà de 2 à 3 mm de différence sur 2 m, prévoir un ragréage autolissant ou un enduit de surfaçage adapté au carrelage.
- Ne pas compter uniquement sur la sous-couche pour rattraper un sol très irrégulier : elle compense légèrement, mais ne corrige pas un défaut structurel.
2. Ignorer l’humidité et les risques de condensation
Le stratifié n’aime ni l’eau stagnante ni l’humidité excessive. Posé sur un carrelage froid, parfois sur une dalle non isolée, il peut se retrouver pris en sandwich entre une sous-couche isolante et un support qui condense l’humidité.
Conséquences possibles :
- déformation des lames (gondolement, dilatation anormale)
- taches, remontées d’humidité visibles sur les bords
- moisissures au niveau de la sous-couche, invisibles mais odorantes
Les bons réflexes pour limiter ce risque
- Vérifier si le support est un rez-de-chaussée sur terre-plein ou une pièce humide (salle d’eau, buanderie mal ventilée).
- Utiliser un hygromètre pour contrôler le taux d’humidité dans la pièce (idéalement entre 45 % et 65 %).
- Choisir une sous-couche intégrant un pare-vapeur quand cela est recommandé par le fabricant du stratifié.
- Ventiler la pièce avant, pendant et après la pose (et à long terme, assurer une bonne VMC ou aération régulière).
3. Poser sans vérifier la stabilité des carreaux existants
Un carrelage peut paraître intact en surface tout en étant mal adhérent au support. Poser un stratifié par-dessus sans contrôle approfondi, c’est accepter de bâtir sur une base potentiellement instable.
Ce qui peut se produire :
- un carreau sonne creux se décolle légèrement avec le temps
- le stratifié au-dessus commence à bouger, voire à se déclipser
- apparition de zones flexibles qui grincent à chaque pas
Test simple pour repérer les carreaux “douteux”
- Tapoter les carreaux avec le manche d’un tournevis ou un maillet en caoutchouc.
- Un son “plein” est rassurant, un son creux signe une mauvaise adhérence.
- Tester particulièrement les zones de circulation : entrée, couloir, devant l’évier, etc.
Si plusieurs carreaux sont mal collés, il peut être nécessaire de :
- les recoller localement avec un mortier-colle adapté
- ou de prévoir un ragréage de l’ensemble pour stabiliser la surface
4. Négliger le choix de la sous-couche (ou s’en passer)
La sous-couche n’est pas un simple “accessoire confort”. Sur un carrelage existant, elle joue un rôle crucial :
- corriger de petites irrégularités (micro-reliefs, joints fins)
- améliorer l’isolation phonique (bruits de pas, résonance)
- couper la sensation de “sol froid” très fréquente sur carrelage
- protéger les lames des remontées de froid et parfois d’humidité
Erreurs fréquentes liées à la sous-couche
- utiliser une sous-couche trop fine et bas de gamme qui se tasse vite
- choisir un modèle non adapté au support carrelé (pas de pare-vapeur quand il en faudrait un, ou inversement)
- superposer plusieurs sous-couches différentes pour “améliorer le confort” : cela crée une instabilité du revêtement
Avant tout achat, vérifier :
- les recommandations du fabricant du stratifié (type de sous-couche compatible, épaisseur maximale)
- le contexte de la pièce : étage, rez-de-chaussée, pièce humide, présence ou non de voisin en dessous
5. Oublier le jeu de dilatation tout autour de la pièce
Un stratifié est un revêtement flottant : il doit pouvoir se dilater et se rétracter en fonction de la température et de l’hygrométrie. Cette dilatation se fait en périphérie, dans les espaces laissés le long des murs et des obstacles.
Les erreurs les plus fréquentes :
- poser les lames “au plus juste” contre les plinthes ou le carrelage au mur
- bloquer le stratifié contre un seuil de porte, un montant de baie vitrée ou un tuyau
- oublier le jeu nécessaire au niveau des grandes longueurs (couloirs, séjour de plus de 8 m de long)
Conséquences d’un manque de jeu périphérique
- le sol se “bombe” au milieu de la pièce
- des clips cassent en périphérie
- les plinthes se soulèvent ou se déforment
Règle pratique : respecter scrupuleusement le jeu recommandé par le fabricant (souvent 8 à 10 mm) tout autour :
- près des murs
- autour des tuyaux (avec rosace de finition)
- au niveau des huisseries et montants fixes
6. Ne pas anticiper les hauteurs de seuils et de portes
Ajouter une sous-couche et un stratifié par-dessus un carrelage fait mécaniquement monter le niveau du sol. Sur le papier, quelques millimètres semblent anodins. Sur le terrain, cela peut suffire à :
- empêcher une porte de s’ouvrir complètement
- créer une marche gênante entre deux pièces
- rendre un seuil de porte disgracieux ou dangereux (risque de trébuchement)
Vérifications à faire avant de commencer la pose
- Mesurer la hauteur disponible sous les portes intérieures en position fermée.
- Simuler l’épaisseur totale (sous-couche + stratifié) pour vérifier si un rabotage de porte sera nécessaire.
- Observer les raccords avec les pièces adjacentes : carrelage plus bas, parquet existant, vinyle, etc.
- Choisir à l’avance les barres de seuil adaptées (de niveau, de rattrapage de hauteur, pour jonction stratifié/carrelage, etc.).
Ne pas anticiper ces points oblige souvent à des ajustements après coup, plus complexes et parfois peu esthétiques.
7. Poser sans acclimatation du stratifié ni contrôle des conditions de la pièce
Le stratifié est sensible à l’hygrométrie et à la température. Le laisser dans un garage froid ou un coffre de voiture en plein soleil puis le poser immédiatement dans une pièce chauffée est une recette parfaite pour les déformations futures.
Erreur fréquente : poser “dans la foulée” après l’achat
Beaucoup de bricoleurs sautent le temps d’acclimatation recommandé par les fabricants, pourtant essentiel :
- les lames ont besoin d’un temps de stabilisation dans la pièce finale
- l’écart de température et d’humidité entre stockage et pose peut être important
Bonnes pratiques :
- entreposer les paquets de stratifié à plat dans la pièce concernée pendant 48 h minimum (parfois plus, selon les consignes du fabricant).
- maintenir une température stable (souvent entre 18 °C et 22 °C) et un taux d’humidité correct (45–65 %).
- ne pas ouvrir tous les paquets d’un coup, mais au fur et à mesure de la pose, pour éviter les chocs d’hygrométrie.
8. Mal gérer le sens de pose et les découpes dans une pièce carrelée
Sur un carrelage existant, on est parfois tenté de suivre les lignes des joints ou de se caler sur le bord d’un mur, sans réelle stratégie de pose. Cela peut générer :
- un rendu visuel peu harmonieux (lames qui “cassent” la perspective de la pièce)
- un nombre important de chutes ou de petites découpes fragiles
- des rangées difficiles à emboîter en fin de pièce
Critères pour choisir le bon sens de pose
- S’aligner, dans la plupart des cas, sur la source principale de lumière (lames dans le sens de la lumière).
- Pour un couloir, poser dans le sens de la longueur pour allonger la perspective.
- Analyser les zones de forte circulation pour éviter que les jonctions d’extrémité de lames ne tombent au milieu d’un passage.
Attention aux petites lames en périphérie
Une autre erreur invisible au départ consiste à se retrouver avec des lames très étroites au niveau d’un mur ou d’un couloir :
- ces bandes trop fines sont plus fragiles
- elles s’emboîtent plus difficilement et peuvent se déclipser
Avant de commencer :
- calculer la largeur de la dernière rangée
- si elle est inférieure à 5–6 cm, ajuster la largeur de la première rangée pour équilibrer
9. Oublier de traiter les joints et défauts du carrelage avant la pose
Sur un carrelage ancien, les joints peuvent être :
- effrités ou manquants par endroit
- très creusés, formant des sillons
- encrassés, ce qui compromet l’adhérence d’un éventuel ragréage
Ignorer ces défauts peut entraîner :
- une sous-couche qui s’affaisse localement dans les joints profonds
- des empreintes de joints visibles à travers le stratifié au fil du temps (effet de “marquage”)
- une mauvaise adhérence d’un enduit de surfaçage ou d’un primaire d’accrochage
Étapes préalables utiles avant la pose
- Aspirer soigneusement et dégraisser le carrelage (lessive Saint-Marc ou produit spécifique).
- Reboucher les joints très creusés ou abîmés avec un mortier de jointoiement si nécessaire.
- Appliquer un primaire d’accrochage adapté au carrelage si vous réalisez un ragréage autot lissant.
Un support propre, sain et uniformisé limite considérablement les mauvaises surprises après la pose.
10. Sous-estimer la préparation globale et les détails de finition
La dernière erreur invisible est plus globale : croire que la pose de stratifié sur carrelage se résume à clipser des lames. En réalité, une grande partie du travail et de la qualité finale repose sur :
- la préparation minutieuse du support
- la gestion des raccords et des finitions
- la prise en compte de l’usage réel de la pièce
Points de détail souvent négligés (et qui font la différence)
- Ne pas prévoir de plinthes adaptées ou de quarts-de-rond pour masquer le jeu périphérique.
- Mal positionner les profilés de seuil (jeux de dilatation non respectés, vissage trop rigide).
- Choisir un stratifié inadapté à la pièce : usage trop léger pour une entrée ou une cuisine, par exemple.
- Ne pas consulter les fiches techniques des produits (compatibilité plancher chauffant, résistance à l’eau, épaisseur minimale de sous-couche, etc.).
Dans certains cas, il est utile de suivre pas à pas une méthode structurée plutôt que d’improviser. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre article détaillé sur les différentes étapes pratiques pour réussir la pose d’un sol stratifié sur un carrelage existant, avec un déroulé concret du chantier et les outils à prévoir.
Questions fréquentes avant de poser un stratifié sur du carrelage
Est-il obligatoire de retirer l’ancien carrelage ?
Non, tant que le carrelage est :
- solidement fixé au support
- globalement plan (ou rattrapable par un ragréage)
- sec, sans trace d’infiltration ni de remontées d’humidité
Si ces conditions ne sont pas réunies ou si le carrelage est très abîmé, fissuré en profondeur ou décollé, il est parfois plus sage de déposer le carrelage pour repartir sur une base saine.
Faut-il toujours faire un ragréage sur carrelage avant un stratifié ?
Pas forcément. Le ragréage est particulièrement pertinent si :
- les joints sont très marqués et profonds
- certains carreaux sont très légèrement plus hauts ou plus bas que les autres
- vous constatez plus de 2–3 mm de différence de niveau sur une règle de 2 m
Sur un carrelage récent, bien posé et avec des joints peu creusés, une simple sous-couche de bonne qualité peut suffire. Encore une fois, le contrôle de la planéité reste indispensable.
Peut-on poser du stratifié sur carrelage avec un plancher chauffant ?
Oui, mais uniquement en respectant scrupuleusement les recommandations :
- vérifier que le stratifié est compatible plancher chauffant (et précisez si c’est un plancher chauffant électrique ou hydraulique).
- choisir une sous-couche adaptée aux planchers chauffants (faible résistance thermique).
- respecter les consignes d’allumage et de montée en température après la pose (remise en chauffe progressive).
Une mauvaise combinaison revêtement/sous-couche peut réduire fortement le rendement du chauffage ou créer des déformations du sol.
Combien de temps faut-il prévoir pour un chantier de ce type ?
Pour une pièce standard de 15 à 20 m², il faut généralement compter :
- 1 journée de préparation (nettoyage, ragréage léger si nécessaire, temps de séchage éventuel)
- 1 journée pour la pose de la sous-couche et du stratifié (selon votre niveau de bricolage)
Il est recommandé de ne pas se précipiter, surtout pour les découpes en périphérie et autour des obstacles (tuyaux, huisseries, marches). C’est souvent là que se jouent la qualité esthétique et la durabilité du résultat.
Quel type de stratifié privilégier sur un carrelage en rez-de-chaussée ?
Pour un rez-de-chaussée, surtout si le carrelage est posé sur une dalle peu isolée, privilégiez :
- un stratifié de classe d’usage élevée (au minimum 31, voire 32 pour une pièce très fréquentée).
- des lames résistantes à l’humidité si la pièce y est exposée (entrée, cuisine ouverte, etc.).
- une sous-couche avec pare-vapeur intégré si le fabricant le recommande selon la nature du support.
L’objectif est de limiter les effets du froid, de l’humidité et des chocs liés à la vie quotidienne (chutes d’objets, déplacements de meubles, animaux, etc.).

